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Dernier sondage Léger Marketing: attention au buzz

Les résultats du dernier sondage Léger Marketing ont fait couler beaucoup d‘encre ces derniers jours, notamment en raison du fait que l‘ADQ est passée sous la barre des 20% dans les intentions de vote. Malheureusement, l‘ensemble des données d‘un sondage n‘est pas toujours rendu public le jour de la publication et il peut parfois manquer des informations qui permettraient de relativiser certaines conclusions. Et justement, en lisant le rapport d‘analyse de Léger Marketing ce week end, nous y avons découvert des choses intéressantes. Voici donc les résultats des intentions de vote avant répartition des indécis lors des 2 derniers sondages publics de Léger Marketing, celui dévoilé jeudi dernier et le précédent, rendu public à la mi-janvier:

Intentions de vote au Québec selon Léger Marketing (avant répartition des indécis)
Date LIB PQ ADQ VRT QS Aut. Indécis
Janvier 2008 31,0 28,0 25,0 5,0 3,0 1,0 7,0
Avril 2008 31,0 27,0 15,0 5,0 3,0 2,0 15,0

Il y a 2 résultats qui varient: les intentions de vote de l‘ADQ en baisse de 10% et les indécis en hausse de 8%. Tout le reste est stable. Dès lors:

  1. S’il y a eu hausse des appuis au PQ et aux libéraux après répartition des indécis entre les 2 sondages, ce n‘est pas à la suite d‘une hausse de popularité, mais parce qu‘ils ont bénéficié d‘une répartition des indécis plus importante que d‘habitude (en moyenne, il y a entre 6 et 9% d‘indécis dans les sondages pour lesquels cette information est disponible depuis la dernière année).
  2. Si les appuis adéquistes ont baissé chez Léger entre janvier et avril, il est possible que ce n‘est pas à la suite de transferts partisans, mais parce qu‘un nombre appréciable de partisans de l‘ADQ se «stationneraient» parmi les indécis avant de décider entre rentrer au bercail ou appuyer un autre parti. Nous disons possible car, au risque de nous répéter, il est assez risqué méthodologiquement d‘inférer des comportements individuels à partir de données agrégées en prenant pour acquis que tous les individus, sans exception, partagent les mêmes caractéristiques que celles de l‘ensemble du groupe. C‘est une hypothèse ici, pas une certitude.

Donc, est-ce que l‘ADQ est vraiment en dessous des 20% en ce moment? Nous aurons possiblement un début de réponse cette semaine avec la publication du sondage mensuel CROP, mais ce n‘est pas impossible que l‘ADQ y ait des résultats légèrement meilleurs que ceux que leur accorde Léger Marketing.

Vote générationnel? Pas si vite…

OK tout le monde, on va respirer par le nez deux petites minutes.

Ce matin paraissant dans Le Soleil cet article de Michel Corbeil dans lequel il cite les résultats d‘une étude réalisée par le Parti québécois sur les résultats de l‘élection générale du 26 mars dernier. En gros, on a calculé la moyenne d‘âge dans chaque circonscription puis on a tenté de faire un lien entre la moyenne d‘âge et les partis politiques ayant remporté chaque circonscription. d‘où la grosse conclusion: les jeunes voteraient pour l‘ADQ et les vieux voteraient pour le PQ (soi dit en passant, ça n‘a rien de nouveau, David Gagnon avait fait la même chose il y a quelques mois sur son blogue Antagoniste.net). Depuis, tout ce qui grouille, scribouille et grenouille sur la blogosphère politique québécoise, des dessous de la politique à l‘homme en colère en passant par Patrick Lagacé, s‘affaire à tirer les conclusions les plus tranchées et les plus définitives sur une étude que personne n‘a lue, sauf Michel Corbeil (appel à tous: si quelqu‘un au PQ voulait bien nous envoyer une « enveloppe brune virtuelle » par courriel, nous sommes preneurs :-D ).

Seulement, il y a un détail que tous semblent ignorer: d‘après ce qu‘on peut en connaître, il est loin d‘être certain que cette étude est valide sur le plan méthodologique. Si ça se trouve, nous venons d‘assister à l‘erreur la plus élémentaire, la plus « pee-wee » qui existe en méthodes quantitatives.

Pour faire une histoire courte avec une histoire longue, le procédé qui semble être employé dans l‘étude (selon les données dévoilées dans l‘article en tout cas) est l‘inférence écologique. Une erreur courante dans l‘emploi de cette méthode est d‘inférer sur des comportements individuels sur la base de données collectives en prenant pour acquis que tous les individus, sans exception, partagent les mêmes caractéristiques que celles de l‘ensemble du groupe. C‘est ce qu‘on appelle l‘erreur écologique ou ecological fallacy dont l‘existence fut démontrée dès le milieu du 20e siècle par le sociologue américain William Robinson qui, en tentant d‘étudier la relation entre le taux d‘alphabétisation et le pourcentage d‘immigrants dans chaque État américain, avait observé une différence majeure selon que le taux de corrélation était basé sur des données agrégées ou individuelles (pour plus de détails, voir Robinson, W.S. 1950. «Ecological Correlations and the Behavior of Individuals». American Sociological Review 15: 351–357). Il est vrai que depuis les années 50, les méthodes quantitatives en sciences sociales se sont beaucoup raffinées et certains chercheurs ont mis de l‘avant des solutions à la fois théoriques et techniques afin d‘effectuer ce type d‘inférence sous certaines conditions. Toutefois, ça ne fait pas l‘unanimité et ça demande une expertise très poussée que peu de gens possèdent en dehors des cercles universitaires, et rien n‘indique que les auteurs de l‘étude en font partie.

Conclusion: aucune donnée solide (méthodologiquement parlant) tirée de l‘étude citée par Michel Corbeil ne permet de confirmer l‘existence d‘un clivage générationnel sur la scène politique québécoise. Peut-être que ce clivage existe, mais pour s‘en assurer, ça prend des données recueillies à l‘échelle d‘observation appropriée, c‘est-à -dire l‘échelle individuelle. En d‘autres mots, ça prend un sondage.

Au risque de nous répéter, s‘il existait une étude électorale québécoise, sur le modèle des grandes enquêtes électorales universitaires, telles que les American National Election Studies ou les British Election Studies, nous pourrions avoir l‘heure juste avec des données fiables colligées et analysées par des chercheurs sérieux plutôt que de discuter d‘une étude dont on ne sait pas grand chose dans le fond, à commencer par son (ses?) auteur(s).

Bref, circulez, y a rien à voir! Poursuivez la lecture de «Vote générationnel? Pas si vite…»→